Après Un bateau pour l'Europe, joué à Bussang en mai 2001:
« Une émotion jamais ressentie jusqu’à
présent et qui ne sera jamais oubliée. »
« Le théâtre permet de ressentir
de très fortes émotions qui nous marqueront toute notre vie.
»
« Tous les instants que l’on a vécus
ici je vais les garder. »
« Ce que l’on a fait avec Gérard, je le retiendrai.
»

Et que les souvenirs témoignent pour chacun que,
oui, vivre une belle aventure, avec d’autres, et qui prenne du sens
pour beaucoup d’autres encore, c’est possible.
C’est ce qu’on nomme souvent le « travail de deuil »,
qu’il convient de préparer dès le 1er jour du projet :
« Il y a aura des moments très forts, et ça s’arrêtera. »
C’est pourquoi nous disons non à tous ceux
qui ont la tentation si compréhensible de faire rejouer, reprendre
un spectacle au-delà de quelques jours après la première
représentation. Passer à autre chose, sans passer son temps
à se retourner…
D’où l’importance de passer le relais à d’autres
envers qui ils ont confiance pour accompagner plus loin ceux qui ont fait
un bout de chemin avec nous - osons le dire : couper le cordon ombilical avec
les intervenants, et quitter la petite famille que chacun s’est découvert
en quelques jours. Certes, nous pourrons en revoir certains à l’occasion
d’un spectacle, peut-être même, mais c’est rare, à
l’occasion d’un autre projet.
Mais ces moments-là ne se retrouveront pas, même si c’est notre bonheur et notre privilège d’en avoir vécu plus souvent que jamais nous l’aurions imaginé quand, à partir de rien, nous avons créé le Théâtre de l’Imprévu en février 1993.
Mais notre devoir est de les partager, d'où notre effort de mémoire visuelle, sonore, et d'enregistrement de témoignages.
Nous désirons que le souvenir de ces moments forts ne se transforme pas en désir de les retrouver ailleurs, une quête impossible, et moins encore en poursuivant des rêves illusoires de devenir comédien.
Ni qu’elle symbolise une parenthèse, une
lueur fugitive, une parenthèse, ferment de rêve et de nostalgie
détournant du présent.
Mais que l’énergie et la confiance se réinvestissent ailleurs,
dans les projets personnels que les comédiens d’un jour oseront
peut-être davantage imaginer et entreprendre à partir d’eux-mêmes ?