L’attitude du public se joue dans les trente premières secondes d’un spectacle, dit-on... De même la première heure avec un groupe. Si les participants ont été sensibilisés et rassurés au préalable, c’est un atout. Mais la première séance reste un moment crucial : celui de la rencontre entre le metteur en scène et ses futurs comédiens d’un jour.

« Je voudrais d’abord que chacun d’entre vous se présente, en disant son prénom. Nous voudrions savoir pourquoi vous êtes venus dans cet atelier. Est-ce que vous avez déjà fait du théâtre ? S’il y a des choses que vous avez envie de dire en plus et qui vous semblent importantes, ne vous gênez pas. »
Chacun donne son prénom et sa motivation en quelques
mots, les paroles se ressemblent :
« Je voulais sortir de la cellule » « C’est pour faire
des rencontres »…
Gérard Gallego se présente ensuite et explique
sa démarche :
« Je viens en prison pour travailler avec d’autres
personnes, je pense que ceux qui sont en prison ont des choses à exprimer.
»
Après discussion, le travail commence immédiatement, exercices de formation théâtrale ou recueil de témoignages pour le spectacle.
Comment la dynamique peut-elle s'enclencher ? Voilà
comment nous l'expliquions pour la création de Eté 80, été
97 à la maison d'arrêt de Fresnes en juillet 1997 (dans
notre compte rendu détaillé, écrit par Jérôme
Spick, au début de 1998) :
La première matinée, les participants apprennent
le but du stage : faire un spectacle en dix jours. Tous sauf un sont surpris
par un objectif qui paraît irréel. Cependant, la nouvelle ne
les a pas abattus. Pourquoi ?
Tout d'abord par la façon dont s'est passé le premier contact.
Par leur attitude et leurs propos, les intervenants tracent une ligne :
- le projet se fera dans le dialogue, l'écoute et le respect.
- l'ambition artistique et humaine du projet est la raison de Gérard
et de Jean-Christophe* d'être venus à Fresnes en professionnels
du théâtre ;
- les intervenants croient personnellement au projet et ils se sentent personnellement
engagés dans sa réussite ; cela signifie qu'avant de connaître
personnellement les participants, Gérard et Jean-Christophe* partent
d'un a priori positif vis-à-vis d'eux : ils font le pari que les stagiaires
sont capables de les suivre et de réussir le projet ; c'est une attitude
particulièrement valorisante envers des détenus marqués
personnellement par l'échec et par une image sociale négative.
* Gérard Gallego metteur en scène et Jean-Christophe
Poisson deuxième intervenant artistique.
Pour les créations menées en formation
professionnelle, la démarche est semblable :
D’abord créer un espace de dialogue : former le cercle où
tous auront droit à la parole et au respect de celle-ci, de la première
séance à la dernière ; Faire
connaissance en se présentant chacun. Poser
l’ambition et les règles du projet qui réunit tous les
présents, en discuter.
Puis passer à l’action. Mais pas d’ambiguïté
sur l’objectif du projet : « Il n’est
pas question de faire de vous des acteurs, il est question de se dépasser,
de casser ses propres murs. » comme
le dira Gérard Gallego à Bussang en mai 2000.

La reconnaissance de chacun, l’ambition, l’engagement et la confiance que montrent les intervenants théâtraux, enfin l’expérience personnelle intime que provoquent exercices théâtraux et appellent au témoignage, bousculent des routines et provoquent des ouvertures… Les participants se retrouvent engagés dans une aventure inattendue pour eux, souvent sans y croire.
« Je pensais au départ que moi en particulier j’allais foirer », « On est parti de rien, vraiment de rien. Moi, je n’y croyais même pas. » Le grand macabre à Bussang en mai 2000.
« Je n’avais jamais fait de spectacle. Je n’aurais jamais cru. J’étais timide… Je ne pensais pas que j’aurais pu. », « Au début, j’ai douté. Je ne savais pas que c’était possible. » Une pierre sur le chemin mis en scène par Amélie Armao, en mai 2005.
Mais pourquoi y sont-ils allés selon leur propre
témoignage ?
« Vous, vous m’avez fait confiance, et moi j’ai
confiance en vous. » .
« J’avais l’espoir. » Bussang
en mai 2001