Un engagement culturel et social
       Pour une culture du développement personnel par le théâtre

« Notre association et nos partenaires proches sommes convaincus du potentiel révélé avec ces jeunes : partir de la mise en mouvement, de leur façon d'être, de s'exprimer, de leur mémoire permet un travail de prise de conscience, une construction de « savoir-être » qui leur ouvre de grandes possibilités de se former, c'est-à-dire d'acquérir les savoirs-faire et les connaissances dont ils ont besoin pour avancer dans leur vie. Par leur engagement, leur créativité, leur générosité, leur réussite et enfin leur parole, les jeunes en parcours d'insertion qui participent aux projets théâtraux que nous proposons nous donnent des leçons. Comme le disait Joseph Wresinski, fondateur de l'association ATD Quart Monde à propos des plus pauvres, ils sont nos « précepteurs en humanité » : ils nous montrent la voie pour construire une culture alternative en formation et, plus largement, en pédagogie.

Comment faire pour que ces richesses ne soient pas perdues, que le potentiel révélé ne reste pas enfoui ? D'abord ne pas se contenter que des expériences réussies restent marginales et prennent figure d'alibi pour justifier d'esquiver les aspirations au changement de culture de formation. Se contenter de mobiliser un metteur en scène du profil de Gérard Gallego, avec un assistant et une structure de soutien, pour deux fois quinze jeunes tous les six mois, c'est dérisoire face aux besoins. Mais l'exemple d'Amélie Armao, assistante de Gérard depuis bientôt quatre ans et capable à 23 ans de mener un projet avec les jeunes, montre en effet qu'il est possible de former d'autres intervenants, bien plus jeunes et de profil différent de notre metteur en scène.

Mais cela demande une mobilisation de partenariat : organismes de formation, de parrainage, lieux de répétition et de représentation, relais de sensibilisation vis-à-vis des publics : jeunes, partenaires, médias... partenaires pour recueillir la mémoire des projets, l'exploiter, la diffuser, aider à sensibiliser et à former de nouveaux intervenants. La difficulté de cette démarche c'est qu'elle est à contre-courant de la culture ambiante et des pratiques, au-delà de certains discours trop généraux et généreux. Nous-mêmes avons des difficultés à trouver des personnes désireuses de se former à ce métier artistique dans la ligne et de la façon que nous proposons, c'est-à-dire en commençant par apprendre à observer le déroulement d'un projet et à en recueillir une mémoire écrite scrupuleuse.

Nous ne devons pas espérer que des structures publiques se chargent de bâtir une culture du développement personnel par l'engagement artistique de groupe autour du théâtre, dans l'esprit des arts martiaux. Qu'elles la favorisent et la soutiennent serait déjà beaucoup. A mon sens, seul le développement de l'engagement personnel de citoyens de tous horizon : enseignants, travailleurs sociaux, artistes... pourra soutenir une telle dynamique. Encore faut-il que de plus en plus de personnes en prennent conscience. Nous avons donc le devoir de prendre la parole, comme dans le présent article. »

 Conclusion de « Aventures théâtrales avec des jeunes en parcours d’insertion
                                                                           - L’expérience de l’association Le Théâtre de l’Imprévu
» de Jérôme Spick,
                                                                   paru en traduction italienne dans Communicazioni Sociali, p.276-300, Milan, février 2002